
Petit retour sur cette troisième phase de la Coupe Loubatière 2026.
Pour ceux qui ne connaissent pas cette compétition, la troisième phase constitue toujours un cap difficile à franchir. D'une part parce qu'elle implique généralement un déplacement conséquent, avec un format exigeant (3 parties durant jusqu'à deux heures qui s'enchainent) et d'autre part parce qu'elle réunit les meilleures équipes de Normandie. Cette année, la qualification était particulièrement disputée : parmi les huit équipes engagées, seule celle terminant à la première place décrocherait son billet pour la finale nationale.
Le réveil a donc sonné tôt ce dimanche : 5 h 40. Rendez-vous au club à 6 h 40 pour près de 3h de route, puis passage par la gare avant de prendre la route. L'équipe était composée de Dyhia, Hosbileg, Saba et moi-même pour défendre les couleurs du club.
Après une indispensable pause-café, nous sommes arrivés à Rouen à 9 h 35 pour un pointage fixé à 9 h 45 et un début des parties à 10 h.
Il faut commencer par souligner l'excellent accueil du club de Rouen, qui avait mis à disposition café et gâteaux à volonté tout au long de la journée.
La tâche s'annonçait rude dès le matin puisque notre premier match nous opposait à Beauvais, meilleure équipe au classement Elo de cette phase. Avec près de 70 points Elo de moyenne de plus que nous, nos adversaires nous étaient théoriquement supérieurs sur chacun des échiquiers.
Vers 10 h 30, une surprise inattendue est venue accompagner les parties : une chorale répétait dans la salle voisine et nous avons ainsi bénéficié, tout au long de la journée, d'un fond sonore de chants liturgiques. À choisir, il existe des nuisances plus gênantes pour la concentration !
Sur les échiquiers, les parties se révélaient particulièrement serrées. Après environ une heure et demie de jeu, Saba venait me consulter en tant que capitaine afin de savoir s'il pouvait proposer la nulle à son adversaire.
À ce moment-là, ma propre position me semblait légèrement favorable, même si je l'estimais objectivement équilibrée. Hosbileg était un peu moins bien, Dyhia développait une attaque prometteuse, tandis que Saba se trouvait dans une position probablement nulle : un cavalier actif mais des pions doublés et une parfaite égalité matérielle. Compte tenu de la longueur de la journée qui nous attendait, je validait sa proposition que son adversaire acceptait.
Les événements s'accéléraient dans la foulée. Dyhia devait interrompre son attaque en abandonnant une pièce, tandis qu'Hosbileg s'inclinait dans une finale avec un pion de moins dont il ne parvenait pas à compenser le déficit. La rencontre semblait alors mal engagée.
De mon côté, j'ai eu la chance de trouver une combinaison basée sur une attaque en tenaille de mes deux fous qui contraignait mon adversaire à perdre une pièce. Quelques coups plus tard, il abandonnait.
Dans le même temps, Dyhia faisait preuve de beaucoup de sang-froid. Malgré ses difficultés précédentes, elle parvenait à récupérer une pièce adverse et atteignait une finale de fous de couleurs opposées avec un pion d'avance. Faute de temps à la pendule et compte tenu de la position, la nulle était finalement conclue.
Nous quittions donc la salle à midi sur un score de 1 partout.
Habituellement, dans une compétition en trois rondes comme la Coupe Loubatière, il faut enchaîner les victoires pour espérer terminer premier. Mais un autre match venait également de se solder par un nul. Avec un classement Elo modeste, nous ne figurions certes pas parmi les favoris, mais la situation restait ouverte et tous les espoirs étaient encore permis.
C'est avec cet état d'esprit que nous sommes partis prendre l'air entre deux rondes, en profitant d'une promenade sur les quais et les ponts de Rouen pour admirer la Seine. Il nous a manqué seulement quelques dizaines de minutes pour pousser jusqu'à la cathédrale et au Gros-Horloge.

Deuxième ronde : l'espoir renaît
La deuxième ronde nous opposait à Rouen B. Sur le papier, l'affrontement semblait beaucoup plus équilibré.
Là encore, les parties furent disputées et nous figurions parmi les derniers à quitter la salle de jeu.
Avec un peu de recul, je dois reconnaître que toutes les positions de mes partenaires ne sont plus parfaitement présentes dans ma mémoire. Le score final, lui, est resté plus clair. Saba s'inclinait face à un joueur particulièrement expérimenté. Hosbileg obtenait quant à lui la nulle après avoir quelque peu perdu le fil de sa partie. Il faut dire que l'enchaînement des rencontres commençait à peser, tout comme la chaleur qui régnait dans la salle. À l'issue de sa partie, il nous confiait d'ailleurs qu'il aurait volontiers échangé son échiquier contre une petite sieste !
Malgré cette fatigue naissante, il réalisait une partie solide. Pendant ce temps, Dyhia et moi-même parvenions à convertir nos avantages respectifs et remportions chacun notre rencontre, cloturant ainsi le match sur le score de 2-1.
Cette victoire collective nous permettait de rester dans la course. À l'approche de la troisième et dernière ronde, l'espoir de qualification existait toujours, même si toutes les cartes n'étaient plus entre nos mains.
Les calculs étaient relativement simples : sur une autre table, deux équipes directement concurrentes s'affrontaient, Lisieux avec deux victoires au compteur, et Caen avec une victoire et un match nul. De notre côté, nous rencontrions Vauréal qui n'avait qu'une victoire au compteur et ne pouvait plus espérer la qualification.
Autrement dit, il n'y avait rien à calculer : il fallait gagner cette dernière rencontre pour conserver une chance, même mince, d'accéder à la phase suivante.

Troisième ronde : jouer jusqu'au bout
Les parties démarraient sur les chapeaux de roue.
Pour ma part, j'étais opposé à un jeune joueur classé 1827 Elo. Dès l'ouverture, il me blitzait, enchaînant les 8 premiers coups quasiment sans réfléchir. Je refusais cependant de me laisser entraîner dans cette cadence et préférais conserver mon propre tempo.
Après un peu plus d'une heure de jeu, ma position restait équilibrée, avec peut-être un léger désavantage dans une situation particulièrement complexe, mais surtout un gros déficit à la pendule.
Sur les autres échiquiers, les tendances commençaient à se dessiner. Saba semblait progressivement prendre l'avantage face à un adversaire particulièrement démonstratif, multipliant les commentaires sur ses propres coups. Cette attitude a peut-être contribué à déstabiliser notre jeune joueur dans une fin de partie déjà exigeante.
Dyhia, de son côté, affrontait la seule autre joueuse du tournoi. Le hasard avait donc organisé ce qui constituait le choc féminin de la journée. La partie s'annonçait compliquée.
Constatant que ma gestion du temps devenait délicate, je prenais quelques instants pour indiquer à Hosbileg qu'il devait absolument jouer pour le gain et non pour la nulle. Je préférais clarifier la stratégie d'équipe avant de me replonger totalement dans ma propre partie.
Malheureusement, les résultats ne tournaient pas en notre faveur. Saba finissait par perdre le fil de sa position et se faisait déborder par son remuant adversaire. Dyhia résistait longtemps sous une forte pression sur la colonne h, mais l'activité coordonnée des pièces adverses — tour, fou, cavalier et dame — finissait par avoir raison de sa défense.
En fin d'après-midi, le score affichait donc 2 à 0 pour nos adversaires.
De mon côté, la partie demeurait longtemps indécise. Malheureusement, je me retrouvais en très grand manque de temps. Les cinq derniers coups furent joués avec moins d'une minute à la pendule. Dans une position encore complexe, je ne parvenais pas à trouver les bonnes ressources et finissais par me faire mater à quelques secondes de la fin face à un adversaire aussi jeune que précis.
Hosbileg, fidèle à la consigne reçue, continuait quant à lui à jouer pour la victoire. Il remportait finalement son match et sauvait l'honneur de l'équipe.
Le score final de 3 à 1 nous condamnait toutefois à la cinquième place du classement et mettait fin à nos espoirs de qualification.

Bilan de la journée
Au final, l'équipe n'était pas favorite au départ et nous connaissions tous la difficulté de cette troisième phase.
Pour autant, il y a beaucoup d'éléments positifs à retenir. Nous avons disputé de belles parties, montré un bel état d'esprit et surtout conservé un enjeu sportif jusqu'à la dernière ronde. Ce n'est pas toujours le cas dans ce type de compétition et cela donne un intérêt particulier à l'ensemble de la journée.
Les « anciens » — Dyhia et moi-même — avons globalement tenu notre rang (d'aucun appellent cela l'expérience) malgré un temps de jeu relativement limité ces dernières semaines.
Les plus jeunes ont également largement contribué au résultat collectif, que ce soit par leurs victoires ou leurs matchs nuls. Ils continuent à accumuler de l'expérience sur ce format exigeant et leur progression est évidente. À ce rythme, ils risquent d'ailleurs de dépasser rapidement la barre des 1800 Elo, ce qui les orientera naturellement vers d'autres compétitions puisque la Coupe Loubatière est réservée aux joueurs dont le classement est inférieur à 1800 Elo au mois de septembre.
Il nous restait alors à reprendre la route. Le trajet retour fut animé par les analyses des parties du jour, quelques discussions autour du match de football de la veille.
Retour à Cherbourg vers 21 heures.
Une longue journée, une belle expérience, quelques regrets sportifs, mais surtout le plaisir d'avoir défendu les couleurs du club jusqu'au dernier échiquier et le sentiment du devoir accompli. Et surtout une journée sympa partagée avec Dyhia et les jeunes de l'équipe.
Pour conclure, je ne peux que conseiller pour les années à venir ce format de compétitions pour les joueurs moins aguerris dont je fais partie. Ce format donne beaucoup de temps de jeu et permet de gagner en expérience et en endurance pour les autres parties en format long.


Yoann Bosse